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Sa mère, qui l’avait rejetée, lui avait dit : «Tu sors de la maison, tu vides ton ventre et après tu reviens» comme si elle allait faire un besoin naturel.

Aicha Ech-Chenna : «Aujourd’hui je m’adresse aux jeunes parce que ce sont eux l’avenir de ce pays»

Aicha Ech-Chenna est une figure du militantisme au Maroc. La présidente de l’association Solidarité féminine a reçu, le 21 juillet, la palme d’or de la Fondation Bénévolat France. L’occasion de discuter avec la militante de son travail au sein de l’ONG qui œuvre pour la réinsertion des mères célibataires au Maroc, et des avancées de la condition féminine dans le royaume. Interview.

Vous avez reçu, vendredi dernier, la palme d’or de la Fondation Bénévolat France. Que ressentez-vous ?
C’est toujours un sentiment de fierté que je ressens lorsque je reçois un prix. Je donne tout et c’est mon pays qui reçoit tout. Pour moi c’est symbolique, ça prouve que le Maroc a au moins une association qui s’occupe des problèmes difficiles. Qu’il y a au moins quelqu’un, une Marocaine, qui s’occupe de ces problèmes-là. Pour le pays, c’est bien, d’autant que c’est une association reconnue d’utilité publique. Les prix internationaux sont très démocratiques ; pas besoin de piston ni quoi que ce soit pour les recevoir.
Depuis le début de votre carrière, vous enchaînez les prix internationaux. Le 8 juin dernier, vous avez obtenu la distinction internationale des «Femmes de l’année Prix Monte Carlo» à Monaco. Comment cela vous aide dans votre engagement au sein de l’association Solidarité féminine ?

Ce ne sont pas les reconnaissances internationales qui m’aident. Je vis avec ma petite retraite comme d’habitude, rien ne change dans ma vie ni dans mon engagement. Oui il y a une reconnaissance, Hamdullah. Evidemment que ça me fait plaisir que quelqu’un reconnaisse le travail que je fais. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’il y a toute une équipe, je ne suis pas seule au sein de l’association.
Je n’ai pas de wissam alaouite, et je m’en fiche. Je ne réclame rien. Je fais ça sans contrepartie. La reconnaissance internationale est une bonne chose pour le Maroc, pour qu’on puisse dire que c’est un pays des droits de l’Homme. La société civile redore l’image du royaume à l’international.

Après 57 ans de militantisme au Maroc, diriez-vous que la condition des mères célibataires a évolué au Maroc ?
La condition des mères célibataires n’a pas beaucoup évolué au Maroc. C’est une petite fenêtre qui s’est ouverte. Ceci dit, l’une des membres de mon association s’est rendue récemment à une rencontre internationale en Allemagne. Elle m’a dit qu’il y avait plusieurs nationalités dont des Tunisiens et des Egyptiens. Personne dans ces pays ne parle des mères célibataires, c’est tabou. Le Maroc a quand même ouvert le débat sur cette problématique.

Qu’en est-il selon vous de la condition des femmes ici ?
La Moudawana doit être encore redéfinie, réfléchie. Elle doit évoluer puisque rien ne vient d’un seul coup. Il faut permettre à la société de prendre ce qu’elle a déjà, de réfléchir et de réclamer. Au Maroc, on pousse à cultiver le traditionalisme car ça arrange le pouvoir, pour que ça avance lentement. Dans toutes les sociétés c’est comme ça. En France, Simone Veil est morte. Elle a galéré pour faire changer quelques lois. Elle a été décorée et enterrée au Panthéon. Moi, on continue de m’insulter. Les gens qui doivent me mettre en valeur disent que j’encourage la débauche. En revanche, je reçois beaucoup de reconnaissance populaire. A la suite de l’émission de Bouchra Deau, tout le monde s’est ligué contre elle. Ce jour-là, je venais de recevoir le prix Monte Carlo, j’étais à Monaco. Les étrangers reconnaissent ma valeur alors qu’ici au Maroc, une enfant de mon pays me fait tomber en disgrâce.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années ?
Aujourd’hui, je m’adresse aux jeunes parce que ce sont eux l’avenir de ce pays. Ils vont détenir le pouvoir dans quelques années. Ils doivent le gérer intelligemment. Pour cela, il faut qu’on travaille pour les faire réfléchir, afin de les préparer, sinon on tombera dans l’autre extrême avec les fondamentalistes. Il faut faire mûrir les mentalités pour atteindre l’ouverture d’esprit.

Le mot de la fin ?
Pour septembre, j’espère que les Marocains penseront aux mères célibataires en leur achetant des moutons pour Aid Al Adha !

https://www.yabiladi.com

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