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Pour protéger au mieux les enfants Le cadre législatif à lui seul ne suffit pas.

LES COMPÉTENCES SONT À REVOIR AU NIVEAU DES ÉTABLISSEMENTS SPÉCIALISÉS

Cadre législatif insuffisant, manque de compétences, de formation, et de standardisation des procédures  relatives à la protection, surcharge des centres, … C’est ce qui ressort d’une récente enquête élaborée par l’Association Amici dei Bambini (Ai-Bi) dressant l’état des lieux des établissements de protection de l’enfance au Maroc.
Présentée mardi à Rabat lors du lancement de la « Plateforme CDE Maroc», un réseau associatif créé dans l’objectif de plaider pour une amélioration concrète de la situation des enfants en détresse et de leurs mères sur le territoire national, cette enquête rappelle que plusieurs actions ont été initiées en vue de renforcer le cadre légal de protection des enfants et de son effectivité  via la modification de la loi 14.05, la révision de la loi 65.15 et  de la loi 15.01 sur la Kafala ainsi que l’adoption d’une loi sur les travailleurs sociaux et de la loi 75.11 relatives aux centres de sauvegarde
Le Maroc a également mis en place un dispositif  territorial intégré de protection de l’enfance à travers le renforcement des capacités du personnel en contact avec les enfants en matière de détection et de signalement. La réinsertion des enfants au sein de leurs familles d’origine à leur sortie des institutions et l’élargissement des prestations de services de protection pour accompagner les jeunes majeurs (18-22ans) figurent aussi sur la liste des actions mises en place.
Il a été également question de procéder à l’adoption de mécanismes d’accréditation, de standardisation des structures d’accueil, de mise en place d’un référentiel national des métiers du travail social et de promotion de normes sociales relatives à la protection des enfants.
Pourtant, l’ensemble de ces actions  peinent à se concrétiser. Tel est le cas de la révision de la loi 14.05 qui ne semble pas clairement répondre aux besoins des institutions et de la Kafala qui nécessite davantage de soutien psychologique et d’accompagnement.
L’enquête a constaté également l’absence d’alternatives pour les placements de type familial et une forte tendance de placements dans les centres tout en mettant en lumière le manque de  mécanismes axés sur l’intérêt supérieur de l’enfant.
Le même document a relevé le manque de compétences et de formations spécialisées dans le secteur de la protection sociale (ex. accompagnement psychologique) ainsi qu’un déficit en matière de   cellules et mécanismes de réinsertion de l’enfant au sein de sa famille et de médiation visant à consolider les rapports familiaux. Idem pour l’absence d’un dispositif d’accompagnement des jeunes en sortie du système de protection de l’enfance (care leavers).
Concernant la standardisation des structures, des services et des pratiques, le document en question a révélé que les Chartes sont facultatives selon les régions et qu’il n’y a pas de coordination et de consentement en termes d’action des acteurs territoriaux.  Il y a également absence de standardisation des procédures de protection et d’une cartographie des prestations visant la protection de l’enfance harmonisées sur l’ensemble du territoire national. Les enfants abandonnés et nés hors mariage, les victimes de violences, d’exploitation ou de séparation temporaire , les enfants âgés entre 0 et 3 ans placés dans les institutions  (et ceux  à besoins spécifiques)  souffrent d’une prise en charge non appropriée sans parler des stéréotypes sociaux et de la discrimination faute  de communication et de sensibilisation.
Evoquant les associations œuvrant dans le domaine de la protection de l’enfance, l’enquête a relevé  l’existence de difficultés pour l’obtention des financements et la complexité des procédures y afférentes ainsi qu’un manque d’expertise et de stabilité des ressources humaines dans les institutions. Ces associations pèchent aussi par leur méconnaissance des techniques de communication et de plaidoyer ainsi que de la concurrence à laquelle elles se livrent. D’après les résultats de l’enquête, les associations font certes des efforts mais ceux-ci demeurent insuffisants faute de soutien de l’Etat.
Ces dysfonctionnements ne doivent pas occulter certaines actions et pratiques prometteuses comme le fait que notre pays  dispose de centres spécialisés pour les enfants entre 0 et 3 ans, précisent les rédacteurs de l’enquête.  Ces derniers  mettent aussi en avant le soutien accordé aux familles ayant des enfants à besoins spécifiques,  aux enfants issus de familles en situation de précarité et aux familles kafiles.
Face à cette situation, les enquêteurs recommandent  une amélioration de  la coordination entre les acteurs de la protection de l’enfance  et la mise en place d’alternatives au placement en institutions. Ils ont ainsi appelé à encourager le placement en famille (Kafala, ou familles  d’accueil) et de renforcer les initiatives de prévention de l’abandon.

http://www.libe.ma/

Hassan Bentaleb

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