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La discrimination fondée sur le sexe coûte 575 milliards de dollars par an à la région MENA

Quand la discrimination faite aux femmes coûte très chère. Début octobre, l’OCDE a publié un rapport intitulé “L’autonomisation économique des femmes dans la région MENA”. Un texte qui met en avant la faible représentation des femmes dans le marché du travail dans cette région, et ce malgré le fait que celles-ci n’ont jamais eu autant accès à l’éducation. Ainsi, seulement 24% des femmes de la région travaillent.

Le rapport constate que même si “des progrès ont été faits s’agissant de la formation des femmes (…) pour ce qui est d’adapter la législation et les normes sociales à ces avancées, les efforts ne sont pas suffisants”.

Ces disparités ont d’énormes conséquences économiques. Selon l’OCDE, qui cite les chiffres de l’Indice ISE (Indice institutions sociales et égalité homme-femme), les discriminations faites aux femmes au travail coûterait à la région MENA 575 milliards de dollars par an.

En cause, “une législation du travail ‘protectrice’ qui impose aux femmes des restrictions quant à leurs horaires et aux secteurs dans lesquels elles peuvent travailler, ainsi qu’aux attentes de la société qui font reposer sur leurs épaules l’essentiel des tâches domestiques et parentales”.

Face à ces chiffres et aux challenges qui attendent les États qui souhaitent encourager le travail des femmes, nous avons interrogé Nicola Ehlermann, Cheffe du programme MENA-OCDE pour l’investissement. Cette dernière revient sur les prémices de ce rapport, sur l’influence encore importante du droit de la famille sur le monde du travail, et le besoin de législations sur le harcèlement pour protéger les femmes actives:

HuffPost Maroc: Sur quelles bases ce rapport a-t-il été réalisé?

Nicola Ehlermann: Ce rapport n’a pas seulement été réalisé par des experts du genre, mais aussi des acteurs de la vie politique, économique, sociétale… Nos experts ont, dans chaque pays, rencontré des représentants de différents groupes cibles, soit des personnes qui étaient dans leurs dernières années d’étude de management, des entrepreneurs, ou encore des personnes au chômage ou travaillant dans des économies plus traditionnelles et en retrait des grands centres économiques.

Nous avons fait une revue de la structure du droit, en partant des engagements internationaux des pays, en les confrontant aux nouvelles constitutions, puisque ne l’oublions pas, depuis les années 2000, il y a des révisions constitutionnelles dans plusieurs pays de la région. Dans la constitution de 2011 du Maroc, par exemple, il y a les éléments de non discrimination, une avancée importante.

Nous avons cependant constaté que dans le droit des familles il y a des éléments qui ont une incidence sur les droits des femmes et qui ne les posent pas au même niveau que les hommes. Il y a des éléments qui ont un impact sociétal. L’obligation d’obéissance est un concept qui n’existe plus au Maroc, mais il y a encore des pays où la femme n’a pas le droit de travailler sans le consentement de son “gardien”, son père ou son époux.

Au Maroc cela ne prévaut plus mais tous les éléments du droit de la famille ne placent pas l’homme et la femme sur un plan d’égalité.

On a aussi regardé le droit des entreprises, où il n’y a pas de différenciation entre les hommes et les femmes, mais il y a une différence de pratique. On a un prisme qui est quand même très influencé par le droit de la famille.

Comment ce droit de la famille influence-t-il le droit du travail?

D’un point de vue économique, on constate que les femmes sont de mieux en mieux formées, il y a eu tout un rattrapage fait dans l’éducation. Mais elles sont également fortement touchées par le chômage, donc on peut se demander: qu’est-ce qui les retient?

Si on assiste d’un point de vue économique à une rentrée des femmes dans le marché du travail, à 29-30 ans elles quittent ce marché car elles ont des enfants, elles font des choix qui les empêchent de rentrer de plain pied dans ce marché. Aussi, les employeurs auraient tendance à privilégier les recrutements d’hommes car traditionnellement, ils ont l’obligation de maintien de la famille, alors que les femmes ont comme vocation de s’occuper de leur famille. Il y a dans les droits de la famille un principe qui est que le couple constitue la base de la personne.

Au niveau de la société, une femme ne va pas soumettre sa candidature à certains emplois, et l’employeur de son côté ne va pas analyser cette candidature de la même manière. Il y a aussi des éléments qui sont franchement discriminants comme notamment le droit de posséder des biens et les droits d’héritage.

La question du genre est une question sur laquelle on devient plus conscients. Ces travaux sont une base qui permet d’aller de l’avant, avec une plus grande prise de conscience. À travers cette étude, on arrive à la conclusion que oui, il y a des stéréotypes, comme en occident, mais il reste des éléments dans le droit qui ne sont pas équitables.

Il y a aussi la question du harcèlement dans la rue et au travail qui est de plus en plus d’actualité…

Certains pays ont pris des disposition contre le harcèlement dans l’espace public et dans le travail. Malheureusement au travail, ces dispositions ne touchent souvent que le chef d’entreprise. Cette disposition juridique devrait être étendue d’une part à une interdiction de harceler les collègues mais aussi de lutter contre le harcèlement moral. Les femmes portent aussi parfois une stigmatisation. Plutôt que de réclamer leur droit, elles vont quitter leur emploi. C’est aussi une question de formel et d’informel, puisque vous n’avez aucun droit quand vous êtes dans l’informel.

Pour les femmes, il y a des disposition protectrices, mais elles n’osent pas toujours saisir la justice parce qu’il y a très peu de prise de conscience de ces situations dans ce domaine, aussi il y a peu de femmes dans la justice. Il faut augmenter la prise de conscience de l’injustice de ces situations.

http://www.huffpostmaghreb.com/

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