Accueil / Actualités / Droits humains / Droits de l'enfant / “WATCH”: C’est un beau projet, c’est une belle histoire

“WATCH”: C’est un beau projet, c’est une belle histoire

Le vide laissé par le recul des institutions associatives d’antan ne semble pas en voie d’être totalement comblé par les associations modernes”. Ce triste constat, l’écrivain Ahmed Ghazali le faisait il y a de cela plusieurs décennies (1). Aujourd’hui, les initiatives sont faibles, et la poignée d’actions qui voient timidement le jour se heurte parfois à un mur de scepticisme. Et comme toujours, un même domaine, pourtant ô combien essentiel, est délaissé par les pouvoirs publics: la culture. À l’heure actuelle, seules quatre associations marocaines sont reconnues comme étant d’utilité publique dans le domaine de la musique, de l’art et du cinéma (2).
Alors certaines associations luttent tant bien que mal pour aider leur prochain, pour redonner à leurs compatriotes le goût de l’érudition et de la connaissance. Et c’est pourquoi il est aujourd’hui primordial d’encourager les quelques initiatives qui voient timidement le jour. Dès à présent, laissez-moi vous conter l’émouvante histoire de l’une d’entre elles. L’association “WATCH – We Art The CHildren” mène sa route dans la discrétion et le regard fixé sur l’horizon.

Si aucun éloge ne saurait rendre compte des valeurs d’humanité que ladite association cherche à véhiculer, il faut simplement savoir qu’elle œuvre en faveur d’enfants défavorisés à travers diverses missions qui seront évoquées ultérieurement. Leurs membres, aussi jeunes que dynamiques, distribuent notamment fournitures et denrées alimentaires. Mais surtout, ils distribuent du bonheur. Inlassablement. Je suis parti à la rencontre de l’un d’entre eux. Témoignage.

– Pouvez-vous nous présenter brièvement votre association?

Notre association a été créée en 2013, par quatre membres qui avaient pour but principal de promouvoir les activités artistiques et culturelles au Maroc. Celle-ci a pour but de donner une impulsion à l’art au Maroc, et s’articule autour de quatre valeurs clés qui sont les nôtres: passion, partage, diversité, solidarité. À noter que nos missions s’articulent également autour du volet infrastructurel (installation de plaques solaires, réaménagement de dispensaires, équipements des cuisines et des bibliothèques, installation de grilles de protection dans les salles de classes, rénovation des locaux d’enseignement, etc.), particulièrement délaissé malgré l’urgence et la nécessité de son amélioration.

Quatre ans plus tard, nous comptons désormais sept membres à part entière. Malgré une organisation logistique parfois complexe, nous avons mené à bien sept missions à ce jour, dont cinq étaient situées au Maroc. Aussi, dans un souci d’expansion, deux de nos précédentes missions ont eu lieu à l’étranger, en Colombie et à Haïti. Nous projetons une prochaine mission au Cambodge, en partenariat avec l’association Children of the Mekong.

– Vous revenez tout juste de finir votre dernière grande mission annuelle. En quoi consistait-elle?

Cette année, la mission a eu lieu dans un village situé dans la région d’Ain-Leuh. Ce dernier n’est même pas répertorié sur la carte! C’est une région pour le moins enclavée; certains élèves pouvaient mettre jusqu’à une heure de marche pour se rendre à l’école. Et, justement, ladite école dont nous nous occupions rassemblait une centaine d’enfants venus de différents villages, âgés de sept à quatorze ans. Nous avions pour objectif de pourvoir le village de fournitures et de denrées dans une zone où l’accès à l’expression artistique est inexistant. Comme pour chaque mission, un programme est prédéfini en avance, incluant deux jours d’intégration pour les bénévoles, dix jours de mission sur le terrain et deux jours de tourisme dans les alentours du village.

Ainsi, après plusieurs mois passés à récolter des fonds auprès de sponsors, les bénévoles établissent des programmes journaliers, proposant aux enfants des activités culturelles variées, à l’image du théâtre, de la peinture, du dessin ou encore du sport. Chaque matinée est consacrée à l’enseignement des langues, des sciences ou encore de l’histoire et de la géographie. Chacune de nos missions fut extrêmement enrichissante, aussi bien pour les enfants que pour les bénévoles, qui apprennent intensément les uns des autres.

– Quelles sont les qualités requises pour mener à bien un tel projet lorsqu’on est étudiant?

Nos bénévoles cherchent essentiellement à transmettre un savoir-faire. Chaque étudiant trouve l’occasion de mettre ses compétences et sa motivation à profit, à coup d’organisation, d’implication, et surtout de travail. L’essentiel est que nos bénévoles prennent des initiatives: certains ont ainsi pu récolter jusqu’à 500 euros grâce à une plateforme collaborative en ligne! Peu importe leur origine ou leur langue, chacun parvient à apporter une note positive au projet. En de telles circonstances, nulle barrière n’est infranchissable, et la langue n’en est certainement pas une: notre seule et unique langue, c’est l’art, que nous considérons être un véritable vecteur de cohésion sociale.

Pour les personnes souhaitant faire partie des prochaines aventures, il faut savoir que votre motivation à aider votre prochain, à lever le maximum de fonds (notamment pour financer le matériel scolaire et les rénovations des locaux) et votre sensibilité artistique sont, pour cette mission, vos plus grands atouts!

– Pensez-vous que les pouvoirs publics locaux pourraient accroître la visibilité d’associations telles que la vôtre à travers des politiques culturelles?

S’il nous faut agir, c’est que les pouvoirs publics furent jadis défaillants. La situation est telle qu’il y a aujourd’hui un manque cruel d’institutions culturelles et artistiques. Au risque de me répéter, l’accès à la culture est primordial, et nous croyons profondément que l’art apparaît comme un nouveau moyen de communication. Nous travaillons en partenariat avec l’association El Baraka Angels, mais regrettons cependant la faible quantité de projets inter associatifs existant au Maroc ainsi que la complexité des démarches.

Néanmoins, et fort heureusement, certains artistes s’engagent en faveur de leur pays. C’est le cas de Mahi Binebine, l’illustre écrivain et peintre que l’on ne présente plus, qui a créé divers centres culturels dans plusieurs bidonvilles à travers le Maroc dans le but de promouvoir l’art comme outil de communication, notamment pour empêcher les enfants de s’allier à une idéologie islamiste ou extrémiste. L’on pourrait résumer la finalité de son œuvre par l’une de ses célèbres formules: “Contre les barbares, l’art plutôt que les armes”.

– Comment s’y prendre si l’on souhaite contribuer à votre projet et de ce fait faire un don en faveur de l’association?

On peut y participer à différentes échelles: l’essentiel est de participer! Il n’y a évidemment pas de “petit” don, et toutes les contributions sont les bienvenues. Outre les dons financiers, le particulier peut également offrir des services si besoin est: distribuer les dossiers de sponsoring, démarcher des entreprises, aider à l’organisation d’événements… L’essentiel est de savoir que chacun peut donner: des dons matériels, certes, mais également donner de son temps ou de ses compétences. Tous les renseignements sont sur notre page Facebook, ou sur site internet. Nous ne le répéterons jamais assez: le manque infrastructurel est alarmant, c’est pourquoi une majeure partie de nos fonds y est allouée (aussi bien pour aider les écoles que les villages dans lesquels ces écoles se trouvent, qui ne disposent parfois d’aucune source d’eau à proximité). L’amélioration de l’éducation au Maroc ne peut se faire sans infrastructures scolaires de qualité.

– Quelle sera la prochaine étape? Avez-vous réfléchi à des projets pour l’avenir?

Évidemment! Nous souhaiterions faire davantage d’expositions à travers le royaume, mais également, comme mentionné ci-dessus, accroître nos partenariats avec d’autres associations. Enfin, nous pensons donner un souffle nouveau à l’association, en incluant de nouvelles idées dans les programmes hebdomadaires (notamment des “classes-débats”, une initiation, pour les plus âgés, au monde professionnel et à l’importance de trouver un emploi, etc.). En sept missions, plus de 140 profils marocains et internationaux ont fait partie de l’aventure WATCH et nous ont apporté une multitude de conseils pour propulser l’association, pour que nos actions et notre impact soient envisagés dans la durée. C’est pour cette raison que nous essayons de revenir dans les mêmes villages où nous sommes intervenus auparavant (des visites médicales ont pu être organisées au profit des enfants du village d’Agdal, dans le Moyen-Atlas) (3), le but étant de vérifier que les infrastructures installées sont toujours fonctionnelles, mais aussi de voir l’évolution des élèves. Nous allons de surprises en surprises chaque année, impressionnés par les qualités et le potentiel de ces enfants, dont il faut à tout prix soutenir l’éducation.

http://www.huffpostmaghreb.com/

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Entrepreneuriat : Startup Maroc fait escale à Oujda

L’association Startup Maroc a organisé, du 8 au 10 décembre à Oujda, la 3ème ...

L’Unesco mise sur les jeunes générations

Semaine internationale de l’éducation et de l’information L’Unesco mise sur les jeunes générations Le ...

Aider les enfants marocains: Copains depuis le lycée, ils participent au 4L Trophy

Le 15 février, la 21e édition du raid partira de Biarritz pour le désert ...

Soyez informés!

En vous abonnant à la lettre d'infos de Monasso, vous ne manquerez plus aucune information associative ou presque.

Monasso.ma s'engage que votre adresse mail ne sera jamais partagée avec d'autres sites.
x