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Minorités religieuses marocaines: une première association verra bientôt le jour

Samedi prochain se tiendra à Rabat la première réunion consacrée à l’élaboration du statut de l’Association marocaine des minorités religieuses. “Cette association devra représenter et soutenir toutes les minorités religieuses de nationalité marocaine, notamment les chrétiens, les baha’is, les chiites et les ahmadis, sans aucune exception”, déclare, au HuffPost Maroc, le coordonnateur du Comité marocain des minorités religieuses, Jawad El Hamidi.

Les objectifs que s’assigne cette association, sont inspirés des recommandations auxquelles a abouti une réunion consultative du comité marocain des minorités religieuses, tenue vendredi dernier. Reconnaissance, protection, échanges inter-religieux figurent sur la liste d’une mission, dont la coordination fait son nouveau cheval de bataille. L’association veut agir sur la base des conventions internationales des droits de l’Homme par “les moyens fixés par les lois et règlements onusiens”.

Elle compte aussi, parmi ses principes, apporter un amendement à la constitution marocaine visant “à garantir les droits et les libertés des minorités religieuses” et à mettre à disposition de celles-ci “les moyens financiers et logistiques dans le but d’instaurer l’égalité entre toutes les religions”.

Légitimité oblige!

Pour Jawad El Hamidi, constituer cette association relève d’une légitimité: “les minorités religieuses marocaines connaissent une expansion. Certes, nous n’avons pas de données précises, mais il doit y avoir une quinzaine de religions et de courants au Maroc. La grande majorité vit dans l’anonymat, notamment les Bourghouatas qui sont des amazighs d’origine”.

La coordination estime, toutefois, que ce sont les chrétiens marocains qui dépassent en nombre le reste des minorités religieuses présentes au Maroc. “On ne peut plus parler de quelques milliers de marocains chrétiens, ils seraient au moins 3 millions”, présume El Hamidi. Et d’estimer que le nombre des chiites serait également très important au Maroc et représenterait plus de 100.000 personnes. Quant aux baha’is et aux ahmadis, ils ne dépasseraient pas, respectivement, les 3.000 et 1.000. “L’association devrait nous permettre justement d’évaluer la présence des minorités religieuses marocaines, pour avoir des données plus précises”, assure le coordinateur, soulignant l’importance du rôle assigné à cette association.

Ambitieuse, cette association ne semble pourtant pas remporter l’unanimité auprès de la coordination des chrétiens du Maroc. Cette dernière n’adhère pas au projet, mais ne le conteste pour autant. “Dans ce projet, nous ne participons ni de près, ni de loin. Nous ne comptons pas non plus nous y engager parce que nous avons notre projet”, explique au HuffPost Maroc le coordinateur des chrétiens du Maroc, Mustapha Soussi.

Pas tous d’accord

Pour lui, la coordination a entamé un long chemin, dans le cadre de sa mission, et réussi à constituer son réseau de partenaires. “Nous travaillons avec le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CNDH), le gouvernement et des acteurs au sein de partis politiques ainsi que des associations des droits de l’Homme. Nous avons beaucoup avancé sur notre chemin au cours duquel nous avons constitué un dossier revendicatif”, souligne le coordinateur des chrétiens du Maroc. La coordination des chrétiens du Maroc estime tout simplement ne pas avoir besoin d’être représentée à travers ce projet associatif.

Mustapha Soussi précise, par ailleurs, qu’il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de quantifier le nombre des chrétiens marocains à travers le royaume, même avec des estimations. “Nous ne pouvons pas avancer un chiffre quantifiant le nombre des chrétiens marocains, car 90% d’entre eux vivent dans l’anonymat. Pour certains d’entre eux, même leurs propres familles ignorent qu’ils sont chrétiens. Il arrive aussi que deux frères soient chrétiens sans que l’un le dise à l’autre, par peur”, précise Mustapha Soussi. Et d’affirmer que le nombre croissant des chrétiens marocains ne laisse, cependant, aucun doute. “Dans chaque région du Maroc résident des chrétiens marocains. Des familles marocaines de trois générations sont chrétiennes. Mais tant que les chrétiens marocains ne jouissent pas de leurs droits et libertés, ils vivront cachés par crainte de représailles”, regrette-il. Et de souligner que c’est sur cette reconnaissance perdue que travaille essentiellement la coordination pour permettre aux chrétiens marocains de vivre au sein de la société marocaine en toute quiétude.

Le projet d’association marocaine des minorités religieuses veut, toutefois, être représentatif de toutes les communautés religieuses se trouvant au Maroc, chrétiens compris. “Que la coordination des chrétiens du Maroc n’adhère pas à notre projet ne représente aucun problème, pour nous”, assure Jawad El Hamidi. D’après lui, l’association travaillera sur un champ plus élargi où le débat autour de la question religieuse devrait avoir une place importante.

L’association compte sur ses partenaires, notamment des ONG opérant dans le domaine des droits de l’Homme, pour voir le jour et concrétiser sa mission. La Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l’Homme (LMCDH) s’est ainsi engagée auprès de l’association pour lui apporter son soutien et son encadrement. “Nous avons travaillé ensemble sur une plateforme préliminaire et nous signerons bientôt un accord de partenariat. Nous comptons leur apporter un encadrement et assurer un suivi notamment en ce qui concerne d’éventuelles violations que pourraient subir les minorités religieuses au Maroc et le respect par le Maroc de ses engagements dans le domaine des droits de l’Homme”, déclare au HuffPost Maroc le président de la LMCDH, Driss Sedraoui. Et de constater que le Plan d’action national de démocratie et des droits de l’Homme, présenté le mois dernier par le gouvernement, “n’a pas pris en compte la liberté du culte et de la religion”. “L’observatoire de la LMCDH compte suivre la question des minorités religieuses au niveau législatif pour préserver leurs droits”, précise Driss Sedraoui.

L’association et ses partenaires ont du pain sur la planche.

http://www.huffpostmaghreb.com/

 Par Leïla Hallaoui

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