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Huelva Gate : Les associations marocaines réagissent (enfin) et fustigent le gouvernement .

Au cœur du scandale sur les abus dont sont victimes des saisonnières marocaines travaillant à Huelva (sud de l’Espagne), quatre associations marocaines ont enfin réagi quant aux droits des cueilleuses de fraises, exhortant les autorités à faire un geste.

À Huelva, des centaines de saisonnières marocaines travaillant dans la cueillette de fraises ont décidé de rompre le silence et dénoncer les abus sexuels présumés et les conditions de travail auxquelles elles font face dans certaines fermes espagnoles. Aidées par le Syndicat des travailleurs d’Andalousie (SAT), certaines d’entre elles ont porté plainte contre leurs présumés agresseurs.

Dimanche 17 juin, plusieurs centaines exprimeront leur colère dans les rues de Huelva, lors d’une marche pour dénoncer les pratiques abusives de certains patrons et managers.

Alors qu’en Espagne, des actions sont menées pour agir face à ce scandale, les voix au Maroc semblent avoir du mal à se faire entendre. Rares sont les associations des droits de l’homme à avoir réagi à l’affaire des saisonnières marocaines de Huelva.

Particulièrement préoccupée par les femmes travaillant dans des fermes similaires dans le sud du Maroc, la lettre de l’association devrait également évoquer la situation des ouvrières agricoles de Huelva, selon Saida Idrissi. «Heureusement qu’en Espagne, il y a une loi qui protège ces femmes et que les autorités espagnoles ont réagi aux abus par des arrestations», argumente l’activiste. «Au Maroc, la situation s’aggrave et rien n’a été fait pour faire cesser les pratiques abusives dans les fermes», déplore-t-elle.
Huelva Gate : Les premiers cas d’agressions sexuelles révélés dès 2010

Pour elle, ces abus ont été «documentés par plusieurs associations mais malheureusement rien n’a changé». L’activiste dit aussi regretter la façon dont le gouvernement a géré le scandale, affirmant que «l’Espagne a donné une leçon au Maroc».

«Les autorités, les associations, les syndicats et même les partis politiques ont été galvanisés pour aider ces femmes alors qu’au Maroc rien n’a été fait.»

Saida Idrissi
Des réponses classiques pour «tout nier»

Un avis partagé par Ahmed Al Haij, président de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). «Au début, le ministère a ignoré la situation et a admis plus tard qu’il y avait effectivement des agressions et des abus», nous rappelle-t-il.
«Nous sommes habitués à ce genre de réponses. Chaque fois qu’il y a un problème impliquant le Maroc, les réponses classiques des ministères sont publiées pour tout nier.» Ahmed El Haij

Pour le président de l’AMDH, le gouvernement marocain doit «assumer ses responsabilités, d’autant que ces saisonnières agricoles sont envoyées à travers un programme signé avec les autorités espagnoles».

L’AMDH promet aussi de publier un communiqué dénonçant les conditions de travail dans lesquelles travaillent ces femmes marocaines à Huelva et signalant les abus. Mais entre-temps, l’association, qui dispose d’un bureau à Madrid, reste impuissante face aux développements qui se produisent chaque jour concernant les cueilleuses marocaines de fraises à Huelva. «Pour le moment, nous sommes en contact avec plusieurs associations dans le Nord et à l’étranger, mais la charge et la nature de notre travail ici au Maroc nous a empêchés de suivre chaque cas de la même manière», a indiqué Al Haij.

Le président de l’AMDH s’est aussi dit «reconnaissant» du travail effectué par les ONG et les syndicats espagnols ayant assisté de près les victimes et protégé leurs droits.

Une loi internationale contre la violence à l’encontre des femmes

D’un autre côté, la fondatrice de Mobilizing for Rights Associates (MRA), Stephanie William Bordat, estime que le problème doit être examiné sous un angle différent. Elle nous déclare que «la violence contre les femmes n’est pas seulement une question nationale qui peut être traitée uniquement par les lois nationales».

Dans sa compréhension de la situation des cueilleuses marocaines de fraises en Espagne, Stephanie William Bordat souligne que «les ONG et les gouvernements doivent réfléchir à la manière de mettre en place une coopération internationale plus efficace sur les questions de violence contre les femmes». Pour l’activiste, la solution consiste à rédiger une loi ou un traité international qui protège les femmes même lorsqu’elles sont à l’extérieur des frontières de leur pays.

Elle a également souligné la vulnérabilité des saisonnières marocaines, qui sont «la plupart du temps veuves, divorcées et des mères qui doivent prendre soin de leurs enfants». «Les saisonnières vont avoir des barrières supplémentaires», a-t-elle ajouté, faisant référence à la langue, la culture et la peur d’être licencié ou d’avoir un statut de sans-papiers.

«Poursuivre les agresseurs est une bonne chose, mais la question qui se pose est de savoir comment offrir un remède à ces femmes et quelle protection elles vont avoir.» Stephanie William Bordat

L’OMDH appelle à la mise en place d’une «commission d’enquête»

De son côté, l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH) a demandé mardi aux autorités marocaines de former une commission d’enquête sur les abus et harcèlements sexuels présumés sur des saisonnières marocaines dans les champs de fraise de la province de Huelva, dans le sud de l’Espagne.

Dans un communiqué, repris par l’agence EFE, l’OMDH demande aux autorités que les responsabilités de toutes les personnes impliquées dans cette affaire soient identifiées, et que les «sanctions nécessaires soient prises». Elle réclame également la révision des conditions du contrat des 15 000 immigrées marocaines venues dans la province de Huelva pour travailler en tant que saisonnières.

La Garde civile enquête actuellement sur deux personnes pour abus sexuels sur des saisonnières marocaines, suite à une dizaine de plaintes (pour abus ou harcèlement) déposées par ces femmes, précise l’agence EFE.

Pour l’instant, trois personnes ont été arrêtées en Espagne pour des abus sexuels présumés et conditions de travail déplorables. La plupart des femmes qui ont décidé de s’exprimer sont soutenues par la SAT, qui a accompagné certaines d’entre elles la semaine dernière au commissariat de police pour porter plainte contre leurs agresseurs présumés.

Portrait de Yassine Benargane
LATIFA BABAS
YASSINE BENARGANE
(TRADUCTION)
Journaliste Yabiladi.com

https://www.yabiladi.com/articles/details/65978/huelva-gate-associations-marocaines-reagissent.html

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