Accueil / Jeunesse / Avoir 20 ans au Maroc, un cauchemar,… sauf si…
Diplômé de Sciences Po de Strasbourg puis sorti major de sa promotion à l’Université de Versailles pour un master dédié à la «Communication des organisations», Anouar Zyne a commencé très tôt sa carrière comme journaliste à L’Economiste (où il participe toujours à des enquêtes, surtout sur les jeunes). Il a créé plusieurs entreprises exerçant dans ce domaine et donné des conférences, en particulier sur les thèmes de la jeunesse marocaine (souvent dans le cadre des enquêtes de L’Economiste). Parallèlement, il mène une carrière politique, au sein de l’Union constitutionnelle. Il a été élu secrétaire général de l’Organisation de la Jeunesse constitutionnelle, la structure-pépinière de ce parti (Ph. Jarfi)

Avoir 20 ans au Maroc, un cauchemar,… sauf si…

Diplômé de Sciences Po de Strasbourg puis sorti major de sa promotion à l’Université de Versailles pour un master dédié à la «Communication des organisations», Anouar Zyne a commencé très tôt sa carrière comme journaliste à L’Economiste (où il participe toujours à des enquêtes, surtout sur les jeunes). Il a créé plusieurs entreprises exerçant dans ce domaine et donné des conférences, en particulier sur les thèmes de la jeunesse marocaine (souvent dans le cadre des enquêtes de L’Economiste). Parallèlement, il mène une carrière politique, au sein de l’Union constitutionnelle. Il a été élu secrétaire général de l’Organisation de la Jeunesse constitutionnelle, la structure-pépinière de ce parti (Ph. Jarfi)

Depuis que les communicants ont pris le pouvoir, depuis que les femmes et les hommes ont été réduits à des chiffres, depuis que les communiqués de presse ont remplacé les décrets et surtout leur application, une myopie généralisée semble avoir frappé les gouvernants au Maroc: la jeunesse suffoque, et personne presque ne s’en rend compte, ou du moins, n’arrive à voir venir un train à grande vitesse qui déraille. Au Maroc, avoir 20 ans, c’est un cauchemar.

Les deux listes

Pourtant, ramenées à l’unité «humanisée», les statistiques donnent froid dans le dos. En moyenne, à 20 ans, au Maroc, on n’a pas le bac, on n’a pas de formation professionnelle, on n’a pas fait de service civil, on n’a pas de métier dans les mains, on n’a pas de carrière sportive professionnelle et on n’a pas d’argent. La liste de ce qu’on n’a pas est longue et ne peut être exhaustive. Sur 100 élèves qui accèdent à l’école primaire, seuls 13 obtiennent le bac, le taux de chômage chez les jeunes dans les centres urbains est de 40%, le taux d’insertion en formation professionnelle est faible, l’économie marocaine ne crée plus d’emplois, pire, elle en détruit depuis 2 ans, et l’ensemble des fédérations sportives, toutes disciplines confondues, comptent 250.000 licenciés…
Reste alors ce qu’on a: un téléphone intelligent, avec des usages malins, doté d’une connexion à internet, mais dont la «VoIP» vient d’être coupée, un téléviseur branché sur les chaînes satellitaires, souvent en mode piratage, très souvent sur des chaînes arabophones, trop souvent «religieuses»…

Il se fait bon d’être…

Les

Les jeunes adultes se mobilisent facilement pour les causes nationales (ici pour le Sahara marocain en mars dernier). En revanche, ils n’existent toujours pas en tant qu’enjeu politique majeur dans la stratégie d’aucun des gouvernements (ici des jeunes diplômés chômeurs sur le toit du SGG), ni pour l’emploi, ni pour élever et adapter la qualité de l’enseignement (Ph. Bziouat)

Les jeunes adultes se mobilisent facilement pour les causes nationales (ici pour le Sahara marocain en mars dernier). En revanche, ils n’existent toujours pas en tant qu’enjeu politique majeur dans la stratégie d’aucun des gouvernements (ici des jeunes diplômés chômeurs sur le toit du SGG), ni pour l’emploi, ni pour élever et adapter la qualité de l’enseignement (Ph. Bziouat)
La régulation du champ de la société civile, avant de butter sur un amour gouvernemental, tombe dans la tentation de récupération et de maîtrise du champ associatif. La réforme du sport professionnel, ayant fait pourtant l’objet d’une sévère lettre royale en 2008, est otage d’une incompétence généralisée… Pendant ce temps, en dépit d’une informatisation à coup de millions, les files s’allongent devant les guichets de l’Anapec, où il se dit qu’il se fait bon, en ce moment, d’être militant du PJD ou du PPS…
Etre là par accident, par malédiction, par malchance, être là pour rien, être là comme si on était de trop… Coupés des réseaux de formation, des espaces de la seconde chance, coupés des réseaux de l’emploi, des opportunités d’apprentissage d’un métier, coupés des réseaux sportifs, des occasions d’expression d’un quelconque talent artistique ou culturel, coupés des réseaux associatifs, des possibilités d’ascension dans un parti politique ou un syndicat, les jeunes n’ont plus que les réseaux sociaux ou se retrouver, se former, se déformer, s’exprimer, rêver d’ailleurs ou… s’indigner. La contestation est le maître mot sur internet, là où 14 millions de Marocains se rendent chaque jour, sur Facebook, qualifié par le chef de gouvernement de «courant politique non structuré», où les jeunes passent en moyenne deux heures par jour.
C’est là que Khaoula, jeune anonyme qui s’est révoltée contre le passe-droit accordé sur une file d’attente à une artiste, trouvera ses instants de gloire. C’est là que Abderrahmane, jeune Safiote qui dénonça la mauvaise qualité de la chaussée, et pointa les responsables de la commune, soulèvera une vague de sympathie. C’est là où des milliers de jeunes s’indignent suite au scandale du stade Moulay Abdallah, au point de provoquer, ou du moins contribuer, au licenciement du ministre responsable «politiquement». Bref, c’est là où les lanceurs d’alerte s’activent. Une indignation passive, en passe de devenir une indignation active: les jupes d’Inzegane, la grossesse incestueuse à Kénitra, la tête rasée d’une jeune fille à l’université de Fès… conduisent à des mouvements réels, sur le terrain, et dans les couloirs de Rabat.
Le suicide d’Amina Filali, forcée à épouser son violeur, comme la mobilisation contre le travail des jeunes filles à domicile à 16 ans, finiront par amener le personnel politique à corriger ses lois. Certaines encore, comme le code pénal, mettent par un trait de plume, des millions de ces jeunes dans l’illégalité, après les avoir plongés dans la précarité: le projet maintient la pénalisation des liens sexuels en dehors des liens du mariage, alors même que le très sérieux HCP place l’âge de mariage moyen au-dessus de 30 ans! Le projet de code de la presse, quant à lui, augmente le contrôle autour des formes d’expression sur le web, et comprime le dernier espace, pas si virtuel que cela finalement, d’opinion assumée… En attendant, le TGV, tout en déraillant, ne perd pas de sa vitesse. Au Maroc, avoir 20 ans, est un cauchemar… sauf si on prend ses affaires en main.

Abandon de poste

A 20 ans, on a surtout des maux de tête. Que faire, dans cette situation insoutenable? Se tourner vers les associations… Certainement, 100.000 sur papier, un tiers réellement vivantes. Le financement des associations, ayant fait l’objet d’un récent rapport, montre clairement le «bien-fondé» de certaines d’entre elles: gagner de l’argent, détourner, dilapider, ou servir d’antichambre électorale… Adhérer à un parti politique ou un syndicat, un petit 1% des jeunes s’y aventure, et y découvre souvent la taille réelle de l’abandon…
Car, en définitive, il s’agit de cela: un abandon de poste de l’Etat vis-à-vis de sa jeunesse. La fameuse «carte jeunes», dotée de services publics à la jeunesse, a bien été annoncée mais jamais réalisée (Cf. http://www.leconomiste.com/article/955515-ouzzine-au-club-de-l-economist…). Le Conseil de la jeunesse et du travail associatif, prévu par la Constitution de 2011, un CNJA (ndlr: Conseil national de la jeunesse et de l’avenir) de nouvelle génération, voit son texte traîner dans les couloirs du Secrétariat général du gouvernement, sous la pression politicienne des uns et des autres.

Par Anouar ZYNE

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

x

Check Also

Campagne de solidarité Procter & Gamble Maroc lance la 7e édition de «Iftar Saem»

Comme chaque année durant le mois du Ramadan, Procter & Gamble (P&G) Maroc a ...

Maroc : enquête après le massacre de chats à Safi

Les associations de protection et de défense des droits des animaux de Safi sont ...

EFE-Maroc et MEPI célèbrent le succès de leur projet d’employabilité des jeunes

600 jeunes issus des villes de Fès, Meknès, Sefrou et Taza ont bénéficié des ...

Soyez informés!

En vous abonnant à la lettre d'infos de Monasso, vous ne manquerez plus aucune information associative ou presque.

Monasso.ma s'engage que votre adresse mail ne sera jamais partagée avec d'autres sites.
x