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“Manchoufouch”, une première application lancée au Maroc pour dénoncer le harcèlement

Face à un harcèlement verbal, physique ou moral, le dénonciateur peut reporter instantanément et en tout anonymat sur “Manchoufouch” l’agression dont il est victime ou témoin.

Harcelées, elles se sont révoltées. “Il y a quatre ans, le 21 mars 2014 à Meknès, mes amies et moi avons été agressées verbalement dans la rue par cette phrase que tout le monde connait: ‘A zine, manchoufouch?” (Beauté, on ne peut pas regarder?’). Nous avons décidé de dire non et de poursuivre en justice notre agresseur. Quelques mois plus tard, il a écopé d’une peine de prison ferme”. Nidal Azhari, présidente de l’association “Union féministe libre” (UFL), raconte l’histoire d’une genèse, celle d’un militantisme qui donnera naissance à l’UFL en 2016, puis à une application mobile “Manchoufouch”, deux ans plus tard.

Première du genre au Maroc, cette application a été lancée officiellement, hier le 21 mars, date à laquelle l’association célèbre sa deuxième année d’existence. Un pas de plus dans le militantisme que l’UFL a choisi de mener sous toutes les formes.

“Manchoufouch”, disponible sur google play en dialecte darija et en français, est avant tout un outil de lutte contre le harcèlement quelle qu’en soit sa nature (y compris le viol), le lieu ou l’heure. Victime ou témoin, cette application permet à l’un comme à l’autre de jouer un rôle dans ce combat. Dénoncer devient alors le premier pas pour vaincre la peur et ensuite lever le tabou.“L’idée est de ne plus rester passif face aux harcèlements”, assure la chargée du projet et community manager de l’association, Fatine Rharib, au cours de la cérémonie de lancement de cette application. Et de préciser que cet outil se veut aussi un moyen d’assistance aux utilisateurs en cas d’urgence.

Face à un harcèlement verbal, physique ou moral, le dénonciateur peut reporter instantanément et en tout anonymat sur “Manchoufouch” l’agression dont il est victime ou témoin. Pour se connecter, il faudra s’inscrire via une adresse mail et entrer un mot de passe afin de disposer d’un compte sur l’application. Les démarches à suivre pour relayer l’agression sont simples: localiser l’agression, donner une description de la victime (s’il est témoin) et de l’agresseur et préciser la nature de l’agression. Une fois la dénonciation enregistrée par l’UFL, cette dernière orientera la victime ou témoin vers un relais associatif le plus proche. Il y prendra connaissance des démarches à prendre, notamment comment entamer éventuellement une procédure judiciaire.

“Vous avez aussi la possibilité de modifier ou de supprimer à tout moment votre déclaration”, précise la chargée du projet, soulignant l’importance morale que représente l’initiative même de dénoncer un harcèlement.

Et pour motiver les citoyens encore plus à agir, l’association ne s’est pas contentée d’une application, elle a voulu en faire une plateforme en créant également un site avec les même principes.

Pour la présidente de l’association, cette démarche a certainement besoin d’une adhésion des plus larges pour susciter un impact social d’envergure. À la cérémonie de lancement, Nidal Azhari n’a pas hésité à lancer un appel à tous: administration, associations, commerces, cafés… pour coller des stickers de “Manchoufouch” et apporter leur eau à ce moulin. “Cette application est publique. Nous sommes prêtes à collaborer avec toutes les parties qui souhaitent rejoindre ce projet”, assure-t-elle, conviant les associations pour fédérer leurs efforts et devenir des relais locaux et régionaux des dénonciations faites par la voie de cette plateforme.

“Nous ne voulons plus revivre les drames de Amina, Khadija, Oumi Fatiha, ou Hasnae”, plaide Nidal Azhari dédiant cette application à Hasnae qui s’est donnée la mort en novembre dernier après avoir subi un viol collectif.

Chiffres alarmants

A l’occasion du lancement de “Manchoufouch”, Ghita Kabbaj, psycho-praticienne à l’association “Union féministe libre”, a présenté des chiffres qu’elle a qualifiés d’alarmants. Elle a mis le doigt sur l’impact des violences sur la santé morale soulignant que “plus de 50% des femmes ayant subi une agression souffrent d’une dépression et plus de 20% des victimes (hommes et femmes) de violences conjugales ont une consommation de médicaments psychotropes très élevée”.

D’après les données rapportées par ce médecin, plus de 10% des femmes victimes abusent de “la consommation de drogue et de médicaments sédatifs, somnifères et analgésiques prescrits par le médecin”.

“Si nous ne voulons pas nous retrouver dans un monde de zombies, il faudra faire agir le bon sens. C’est une obligation!”, s’est-elle exclamée, appelant ses confrères et consœurs à soutenir ces victimes en leur accordant ne serait-ce qu’“une heure par semaine”.
Par Leïla Hallaoui
www.huffpostmaghreb.com

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