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(Photo by Paolo Manzo/NurPhoto via Getty Images)

Les migrantes subsahariennes cherchent à corriger leur image auprès des Marocains

“Elles ont signalé une discrimination en raison de la couleur de la peau, de la religion et de leur situation de migrantes”.

ETUDE – Racisme, violence et exploitation. Le quotidien des migrantes subsahariennes au Maroc est un enfer. C’est le constat établi par une étude sur les droits des femmes migrantes et de leurs enfants au Maroc. Réalisée dans le cadre du projet “Protection et promotion des droits de la population migrante au Maroc et, en particulier des femmes, des filles et des garçons” (PRODEFEM), cette étude a été menée entre novembre 2017 et mars 2018. Ses premiers résultats ont été présentés, ce mardi à Rabat, au cours d’une table ronde qui a réuni de nombreuses associations opérant dans ce domaine.

 101 femmes migrantes, 10 organisations, 3 administrations publiques et plusieurs associations ont en fait l’objet. “Nous voulions savoir d’abord ce que représente un projet migratoire pour une femme. Nous avions constaté une féminisation mondiale de la question migratoire et nous voulions donc dresser un constat de ce phénomène au Maroc”, déclare au HuffPost Maroc la chercheuse Helena Maleno. C’est à cette dernière que l’Alianza por la Solidaridad, ONG espagnole de promotion des droits humains et de développement, et membre actif de la Plateforme nationale protection migrants (PNPM), a confié la réalisation de l’étude.

Bien connue pour son combat pour les droits des migrants, Helena Maleno a mené des entretiens et des rencontres pour connaître et faire connaître la femme migrante. “Depuis 2009/2010, avec l’activité de Médecins sans frontières (MSF) et des organisations des droits des femmes, les migrantes commencent à être plus visibles, mais dans une approche de victimisation”, explique la chercheuse. Victimes, ces femmes le ressentent dans leurs parcours migratoire qu’elles ont été amenées à faire. “Elles sont vulnérables non seulement en étant femme, mais parce qu’elles sont noires, parce qu’elles sont pauvres, parce qu’elles sont mères célibataires”, soutient Helena Maleno, pour qui la nouvelle approche politique de la question migratoire au Maroc fait de l’immigré “un sujet de droit”.

 “En tant que tel, les femmes migrantes se disent prêtes à donner beaucoup de choses au pays d’accueil, elles veulent travailler, avoir un avenir, être considérées comme sujet de droits”, rapporte l’enquêtrice de ses entretiens avec ces femmes qui l’ont marquée par l’appel unanime à “l’arrêt des violences à leur égard”.
L’intégration sociale et économique représente, selon la chercheuse, la première préoccupation de toutes les migrantes. “Elles veulent avoir accès aux soins, à la scolarité pour leurs enfants… Pour accéder à ces droits, elles ont besoin de stabilité”, souligne Helena Maleno. Et de préciser que toutes les femmes interviewées (81 sur 101), ont révélé avoir été amenées à des activités qu’elles ne voulaient pas réaliser. “Parmi ces activités figurent la mendicité, la prostitution et le travail domestique dans lequel nous avons constaté aussi des abus sexuels, le refus de paiement et l’esclavage”, rapporte la chercheuse. Et d’ajouter que, dans leur majorité, ces femmes préfèrent une activité dans le commerce où “elles se sentent moins exploitées”. “Celles qui font de la mendicité ont signalé des violences policières et des refoulements qui les mettaient dans des situations compliquées”, précise-t-elle.

A ces violences s’ajoutent d’autres. Selon les témoignages recueillis par Helena Maleno, les femmes ayant été amenées à se prostituer ont dû accepter de le faire à des prix dérisoires de “20 ou 50 dirhams”. “Ce prix, pour elles, représente une violence à laquelle s’ajoute le refus des hommes d’utiliser une protection”, précise-t-elle. Un calvaire pour trouver de quoi payer un logement, car “elles vivent souvent dans des collectivités où elles sont également soumises à des violences par leurs propres compatriotes (…) Elles sont dans des conditions de grande vulnérabilité”, observe la chercheuse.

Le racisme aggrave leur vulnérabilité

Des conditions de vulnérabilité aggravées par le racisme. “Elles ont signalé une discrimination en raison de la couleur de la peau, de la religion et de leur situation de migrantes”, souligne Helena Maleno. La sensibilisation des citoyens marocains leurs semble alors nécessaire. “Elles disent qu’elles sont des femmes fortes et intelligentes, et qu’il faut changer cette image que les Marocains ont d’elles les taxant de mendiantes et de prostituées”.

Une campagne à grande échelle a donc été logiquement une des recommandations retenues à l’issue de cette table ronde. “A l’occasion, différents acteurs se sont retrouvés pour échanger et trouver d’éventuelles pistes de collaborations”, déclare au HuffPost Maroc Hélène Scotto di Rinaldi, représentante de l’ONG Alianza au Maroc. D’après celle-ci, une prise de contact entre associations, surtout celles militant pour les droits de la femme avec les migrantes, s’avère être nécessaire pour établir “un plaidoyer commun”.

L’échange entre les associations a démontré, également, l’importance de multiplier des relais auprès des migrants. “La figure de médiation, agents communautaires, devient un besoin à prendre pour rapprocher les communautés des services. Maintenant, il faudra penser à en former. C’est aussi l’une de nos recommandations”, ajoute-t-elle.

Quant à l’engagement institutionnel, s’il est acquis, il n’est pas toujours efficace. Helena Maleno s’est rendue, dans le cadre de cette étude, à l’Entraide nationale (partenaire du PNPM), aux centres de protection de l’enfance et aux centres de formation professionnelle. “Ils sont pour l’intégration des migrants et accès aux droits, dans le cadre de la nouvelle stratégie migratoire, lancée en 2014. Mais, d’après les associations, ces institutions souffrent d’un problème de ressources et de compétences”, indique-t-elle.

Hélène Scotto di Rinaldi estime, en tout cas, qu’“aujourd’hui, nous avons été un porte-voix des femmes migrantes”. Un porte-voix dont les échos se transformeront bientôt en actions.

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