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En attendant les aides de l’UE, le Maroc active la chasse aux migrants

Les autorités marocaines mènent depuis mardi une opération de refoulement des migrants subsahariens de Nador et de Tanger vers l’intérieur du pays, créant l’indignation chez les associations de migrants et des droits humains.

A Nador et à Tanger, soit aux portes de l’Europe, les autorités marocaines mènent depuis mardi une large opération visant les migrants subsahariens. Ceux-ci sont arrêtés puis refoulés vers des villes à l’intérieur du Maroc sans raison explicite, au moment où les associations des droits de l’Homme dénoncent des arrestations abusives et appellent le Maroc à cesser ces pratiques.

Ce vendredi, la section de Nador de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a rapporté que cette vaste opération se poursuie encore. «Ce matin à 1h, on a été attaqués par des dizaines de policiers et des forces auxiliaires. Ils ne nous ont même pas donné le temps de porter nos vêtements et nos affaires», confie un migrant subsaharien à Tanger, cité par la page de l’AMDH-Nador. «Nous sommes arrêtés. Ils disent qu’ils vont nous refouler vers le sud du Maroc.» D’autres publications témoigne de cette opération à Nador et dans les forêts avoisinantes.

Cette vaste opération aurait même fait l’objet d’une lettre adressée par l’ONG burkinabée Arsim Word à l’ambassadeur du Maroc au Burkina Faso, lui demandant «des explications sur le mauvais traitement de migrants burkinabés à Nador».

L’indignation des associations des droits humains et des migrants

Contacté par Yabiladi, Omar Naji, président de la section Nador de l’AMDH, rappelle que l’opération concerne les tentes de migrants dans les forêts proches de Nador, mais aussi des maisons en pleine ville. «Ces migrants sont refoulés ensuite vers Tiznit, Errachidia et d’autres villes à l’intérieur du Maroc et abandonnés là-bas», s’indigne-t-il.

«Ce sont des arrestations arbitraires qui concernent des migrants vivant déjà dans des situations très difficiles. Cela ne concerne malheureusement pas les gens que nous avons dénoncés, à savoir les trafiquants et les mafias qui font de la traite d’êtres humains. Ils restent libres alors que leurs victimes sont interpellées et refoulées.»

Omar Naji

Notre interlocuteur considère que «le Maroc ne fait que confirmer son rôle de gendarme des frontières sud de l’Europe, au grand dam des appels à cesser ces arrestations et ces violations des droits de l’Homme». «Ces migrants reviennent à Nador par la suite, ce qui en dit long sur l’inefficacité de ces opérations. Le Maroc ne fait que gagner du temps. Cela ne constitue qu’une torture pour ces migrants et en ajoute encore plus à leurs souffrances», conclut-il.

Pour sa part, Keita Sekou, conseiller du président du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), est indigné : «Même à Tanger, il y a des refoulements. Ils entrent dans les maisons des migrants pour les arrêter.»

Le CMSM compte saisir le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) pour intervenir «ne serait-ce que pour les enfants et les femmes enceintes qui se voient empêchés de boire et de manger en cas de refoulement». Selon Keita Sekou, «il y a même des migrants qui ont déposé des demandes de régularisation et sont quand même refoulés».

Le soutien financier de l’UE se confirme

Cette opération menée contre les migrants intervient au lendemain du grand débat sur l’éventuel octroi, par l’Union européenne, d’aides financières à l’Espagne et au Maroc afin de faire face à la hausse du flux migratoire vers l’Europe. Sollicité par l’Espagne, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a reconnu la semaine dernière que la détérioration des contrôles au Maroc «exige un effort financier plus important». Il a toutefois rappelé à l’Espagne que «les ressources du Fonds fiduciaire de l’Union européenne pour l’Afrique du Nord sont malheureusement limitées».

Bruxelles a demandé, le 25 juillet, aux membres de l’UE d’«alimenter le fonds par des montants qui répondent aux attentes réelles, parallèlement au budget de l’Union européenne qui est déjà considérable». Dès que ces contributions se concrétiseront, il y aura «un financement supplémentaire pour la gestion des frontières au Maroc», promet le patron de la Commission européenne.

«J’ai confirmé à Pedro Sànchez au téléphone que le Maroc et l’Espagne peuvent être rassurés quant au soutien entier de la Commission européenne pour répondre efficacement à la pression migratoire croissante le long de la route de la Méditerranée occidentale», a écrit Jean-Claude Juncker sur son compte Twitter.

Yassine Benargane
Journaliste Yabiladi.com

 

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