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Mahjouba Mhamda et Cherkauia Mhamda. Photo : ONU Femmes/Hassan Chabbi

Au Maroc, les femmes soulaliyates disposent enfin de leurs droits fonciers

Après dix années de plaidoyer, les femmes de l’ethnie soulaliyate au Maroc ont enfin obtenu un traitement égalitaire en matière de droits fonciers. Le 23 juillet, un tirage au sort organisé par l’État a réparti près de 860 parcelles de terrain de manière égale entre hommes et femmes, dans le cadre des efforts actuels de privatisation des terres dans l’ensemble du pays.

Mahjouba Mhamda est l’une des 1 460 femmes à avoir reçu une parcelle d’une superficie de 70 m2. Le chemin aura été difficile. « Défendre mes droits et m’opposer à mes oncles et à [d’autres] membres masculins de ma famille a été vu non seulement comme une impolitesse, mais aussi comme une déclaration de guerre [à l’encontre] de nos traditions, qui ne sont favorables qu’aux hommes », explique Mahjouba Mhamda, de la tribu Ouled Mbarek dans la région de Kentira. « Le chemin a été long et difficile, nous avons été insultées et victimes d’intimidations. Mais cela valait la peine pour arriver là où nous sommes aujourd’hui. »

Le nom Soulaliyate est dérivé du mot soulala, qui en arabe signifie lignée ethnique. Il fait référence aux femmes « tribales » du Maroc, qui ont lancé un mouvement communautaire à l’échelle du pays pour l’égalité des droits d’accès à la terre en 2007, avec le soutien de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) et d’ONU Femmes dans les premières étapes.

D’après certaines estimations, 42 pour cent des terres marocaines sont détenues collectivement par différentes tribus. Les droits sur les terres collectives se transmettaient traditionnellement entre les membres masculins d’une même famille âgés de plus de 16 ans. Accompagnant la libéralisation de l’économie marocaine, les efforts de privatisation et de développement de ces terres ont commencé vers 2004. Étant donné qu’en vertu des lois coutumières, les femmes ne pouvaient hériter de terres, les femmes célibataires, veuves, divorcées ou n’ayant pas de fils se trouvaient particulièrement défavorisées. Au printemps 2012, le ministère marocain de l’Intérieur a émis une circulaire accordant aux femmes les mêmes droits de jouissance des revenus et des profits tirés de leurs terres qu’aux hommes. Enfin, cette année, femmes et hommes ont bénéficié des mêmes droits fonciers dans le cadre du tirage au sort du mois de juillet. Les Soulaliyates réclament également une compensation financière identique pour les terres préemptées par le gouvernement en vue de leur privatisation.

Dans la tribu Ben Mansour, 160 femmes et 160 hommes ont récemment reçu 6 300 dirhams marocains chacun (600 dollars US) à titre de dédommagement. Hajiba Hrour, une femme de 42 ans mère de 3 enfants, en fait partie.

Majouba Hror, de la tribu Ben Mansour. Photo : ONU Femmes/Hassan Chabbi

« J’ai été soulagée de voir que nos manifestations, nos réunions et nos efforts de plaidoyer ont donné un résultat concret », indique-t-elle. « Au-delà de l’aspect financier, c’est de l’évolution des mentalités dont je suis la plus fière, car nous sommes passés d’une situation où les représentants de la tribu niaient les droits fonciers de leurs propres filles à des hommes qui, lors de la distribution des compensations, nous ont demandé de servir leurs sœurs en premier ».

Hajiba Hrour a rejoint le mouvement en 2008. Son engagement sans faille puise dans ses souvenirs d’enfance, lorsqu’elle se rendait au village et constatait que les femmes et les filles étaient jugées inférieures aux hommes et aux garçons. Elle remercie l’ADFM d’avoir encouragé des femmes comme elle à remettre en question les valeurs patriarcales autour desquelles elle a grandi.

L’ADFM a soutenu le mouvement des Soulaliyates en leur apportant des connaissances en leadership, en prise de parole en public ainsi qu’en procédures juridiques.

Saida Drissi, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc. Photo : ONU Femmes/Hassan Chabbi

La mobilisation des milliers de Soulaliyates dans tout le pays a permis plusieurs avancées dont le point d’orgue a été le tirage au sort du mois de juillet 2018. Par exemple, en 2009 et en 2010, le ministère de l’Intérieur a émis des circulaires à l’attention des gouverneurs, leur demandant d’inclure les femmes dans les listes des terres collectives et de ne prendre en compte que les listes respectant cette exigence. Le premier groupe de femmes de Mahdia, également situé dans la région de Kenitra, a reçu des compensations financières en 2014.

« L’exclusion des femmes soulaliyates de l’accès aux terres est considérée comme une violence économique et un obstacle à leur autonomisation et à la pleine expression de leur citoyenneté », a indiqué Leila Rhiwi, représentante d’ONU Femmes au Maghreb, avant de féliciter le mouvement des femmes soulaliyates pour cette avancée historique. « Nous saluons leur mobilisation et nous sommes très fiers d’être depuis longtemps aux côtés de l’ADFM pour soutenir l’émergence de ce mouvement et le renforcement de leurs capacités de plaidoyer et de leadership ».

Avec près de 15 millions d’hectares de terres détenus collectivement, l’adoption d’une loi réglementant et facilitant la distribution équitable de ces terres et la promotion de la participation des femmes dans les processus décisionnels au niveau local font partie des mesures identifiées pour renforcer encore davantage les droits des femmes soulaliyates dans tout le pays.

http://www.unwomen.org/

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