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Journée nationale de la femme: Des acquis insuffisants et des attentes qui se prolongent

Entre la réalité et la constitution, la distance ne rétrécit pas.
MOUVEMENT FÉMININ – “Nous reconnaissons qu’en matière des droits de la femmes, il y a bien eu des acquis surtout législatifs, mais ces derniers n’atteignent pas le plafond de la constitution”. La coordinatrice du collectif associatif “Printemps de la dignité”, Hayat Ndichi exprime au HuffPost Maroc une insatisfaction. Porte-parole des 23 associations formant ce collectif, la militante explique que les attentes de la femme dépassent de loin les avancés que réalise le Maroc au compte-goutte, dont la loi 103-13 relative à la lutte contre la violence envers les femmes.

C’est avec ce constat que le “Printemps de la dignité” célèbre, aujourd’hui 10 octobre, la journée nationale de la femme marocaine. A l’occasion, ce collectif associatif a publié un communiqué dans lequel il fait le point sur la situation. Pour lui, ces dernières années ont connu l’élargissement de la catégorie des bénéficiaires de la caisse de solidarité sociale, l’ouverture de l’accès au métier de adoul aux femmes, mais aussi l’intégration d’articles sur la violence à l’égard des femmes à la loi relative aux établissements de protection sociale sans oublier l’entrée en vigueur des lois portant sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et le travail domestique.

Acquis dans la forme, mais pas dans le fond. Le collectif associatif estime que les acquis souffrent “de défaillances dans le contenu, la philosophie ainsi que dans les procédures et mesures qui y sont liées”. “Il faut clairement se positionner et faire un choix: veut-on aller de l’avant ou reculer?”, s’interroge Hayat Ndichi soulignant que, pour le collectif, la référence/mesure des acquis reste la constitution marocaine. “C’est la loi suprême, elle exige l’équité et proscrit les violences de tout genre. Elle accorde aussi aux conventions internationales dûment ratifiées la primauté sur le droit interne du pays”, rappelle la coordinatrice.

Entre constitution et réalité, le “Printemps de la dignité” s’aperçoit que la distance ne rétrécit pas. “L’harmonisation de nos lois avec les conventions internationales n’est pas du tout prise en compte par le législateur”, regrette Hayat Ndichi. Et de citer, pour exemple, la convention internationale pour la lutte conte toutes formes de discrimination et de violence à l’égard des femmes. “Le Maroc l’a ratifiée mais la discrimination à l’encontre des femmes reste ancrée dans nos lois. Dans la plus récente, celle de la lutte contre la violence, on ne criminalise ni le viol conjugal ni le mariage des mineurs, pourtant un gros fléau au Maroc”, explique-t-elle. Et de regretter que la question de la femme soit absente aussi des programmes politiques et publics. “Cela montre que l’Etat ne cherche pas à protéger les droits de la femme”.

Inquiétude, le “Printemps de la dignité” en exprime une autre face “au recul que connait l’application du Code de la famille dans son principe fondamental de l’équité entre sexe”. “L’indemnité ‘Mout’â′ (don de consolation) que le mari devait payer à sa femme suite à un divorce par ’chikak”, comme l’impose la Moudawana, est aujourd’hui supprimée par un Ijtihad. C’est une mentalité masculine qui prime, c’est clair!”, s’insurge Hayat Ndichi.

Pour Boubker Largo, le président de l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH), membre du collectif “Printemps de la dignité”, il est temps de “se mobiliser pour un débat pour que la Moudawana préserve son principe”. Dans une déclaration au HuffPost Maroc, le militant souligne que le chemin vers la reconnaissance de la totalité des droits de la femme nécessite un combat acharné et des “batailles continues”. “Nous poursuivrons notre combat auprès des femmes pour qu’elles puissent arracher tous leurs droits”, promet-il.

Dans son rappel “des batailles” à venir, le président de l’OMDH cite le droit à l’avortement. “Il y a eu une loi et une concertation, mais pas au profit de la femme. Nous continuerons à nous battre pour que l’avortement soit un droit légal et dans l’intérêt de la femme”, insiste-t-il. Et par “intérêt”, Boubker Largo précise que la femme doit pouvoir décider en toute liberté de l’avortement notamment lorsque ses conditions de vie sont précaires. “Ce n’est pas seulement le risque pour la santé qui doit être pris en compte dans l’avortement, mais aussi la situation économique de la femme. Sans ressources, comment pourrait-elle élever un enfant? Quel sera son avenir?” se demande le président de l’OMDH. Et d’estimer que la situation socio-économique de la femme “prime sur l’état physique et mental” de celle-ci. “Les enfants qui ne sont pas reconnus par leur père sont entre 30.000 et 40.000 chaque année”, affirme-t-il, soulignant le fléau social que cela représente.

Autre bataille: l’équité dans l’héritage. “Il faut en débattre dans la sérénité. On ne peut pas laisser la femme en souffrir. Souvent, des mères et leurs filles se retrouvent dans la rue lorsque les membres masculins de leur famille s’accaparent l’héritage”, regrette-t-il.

Des batailles, elles sont innombrables sur la liste du mouvement féminin. “Le plus important, pour nous, n’est pas d’agir après, mais avant par la voie de la prévention. Il faut passer par la sensibilisation et l’éducation sexuelle”, affirme Boubker Largo. C’est dans cette volonté que le “Printemps de la dignité” appelle le Maroc à ratifier la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence domestique et la violence à l’égard des femmes ainsi que la protection des victimes et la poursuite des auteur-e-s de violences. “Le Maroc est membre observateur du Conseil de l’Europe, nous lui demandons d’adopter cet instrument pour son importance capitale pour la femme”, revendique le collectif.

Par Leïla Hallaoui

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