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ABDELHAK SENNA VIA GETTY IMAGES

Des ONG appellent au respect des droits des ouvrières saisonnières en Espagne

“Elles signent des contrats écrits en espagnol et ne reçoivent pas de copie”.

PLAIDOYER – “Nous sommes convaincues que c’est une opportunité pour ces femmes de pouvoir travailler, mais nous demandons une amélioration des conditions dans lesquelles elles exercent”. Dans une déclaration au HuffPost Maroc, la présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF), Latifa Bouchoua, tient à lever toute équivoque sur l’importance des opérations de travail saisonnier organisées dans le cadre de la coopération Maroc-Espagne. Pour la FLDDF, l’Union de l’action féminine (UAF), l’association Jossour et l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes, c’est un acquis qui doit, à présent, s’accompagner de mesures concrètes pour la protection des droits des ouvrières saisonnières dans les champs de fraises de Huelva.

Unies sous l’égide de l’instance de coordination nationale des associations des droits des femmes, ces quatre ONG ont lancé, hier, lors d’une conférence de presse, un plaidoyer en faveur d’un travail saisonnier plus respectueux de la dignité humaine et des droits des ouvrières. “C’est une initiative qui s’inscrit dans le cadre de la poursuite de notre plan d’action en tant qu’associations féminines. Nous avions déjà travaillé auprès de ces femmes saisonnières agricoles, notamment à Larache, Chtouka Aït Baha et El Gharb, avec pour priorité la protection sociale”, explique Latifa Bouchoua.

L’instance a décidé de réagir après le scandale des accusations liées à des agressions sexuelles. “Nous nous sommes saisies de cette affaire en tant qu’associations. Nous l’avons étudiée et suivie avec les responsables institutionnels de divers secteurs et avec les parties espagnoles en coordonnant nos actions avec des associations à Huelva”, souligne la présidente de la FLDDF. Et de préciser qu’après avoir rencontré des victimes et des ouvrières, elles sont sorties avec un constat: “leurs conditions de travail sont inhumaines, leurs droits ne sont pas respectés”.

Un mémorandum pour se faire entendre
Pour se faire entendre, ces associations ont construit leur plaidoyer sur la base d’un mémorandum qu’elles ont présenté. Elles y rappellent les références mondialement reconnues en matière de droit international, notamment les principaux traités des Nations Unies relatifs aux droits de l’Homme. Le document cite, entre autres, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Dictées par des directives internationales, des mesures de prévention et de protection s’imposent pour cette instance de coordination nationale, dans le but de “garantir un travail décent aussi bien au Maroc qu’en Espagne et éviter les irrégularités que cette opération a connues dans le passé”. “Dans les contrats que les ouvrières signent, il y a le minimum du minimum des critères obligatoires. Il faut que ces contrats changent dans le fond mais aussi dans la forme parce qu’ils sont écrits en langue espagnole. Et pour la grande majorité, les ouvrières signent sans savoir ce qui est écrit et ne reçoivent pas de copies non plus”, regrette cette membre de l’Instance nationale. Et de souligner que plusieurs de ces ouvrières sont analphabètes. “Elles doivent être informées bien avant leur recrutement dans le cadre de ces opérations par les secteurs concernés, les associations et les syndicats”, ajoute Latifa Bouchoua.

Sur les contrats de travail que signent les saisonnières, le mémorandum relève plusieurs autres lacunes précisant que “certains ne font pas état de la date de cessation d’emploi et se contentent d’en mentionner la durée, ce qui signifie qu’il peut être mis fin à l’emploi à tout moment et procéder au renvoi des ouvrières à leur pays d’origine”. Le document signale aussi que “certaines ouvrières saisonnières en Espagne se sont vu retirer leur passeport par l’employeur sous le prétexte d’éviter sa perte, ce qui constitue une limitation de la liberté de mouvement”.

Du provisoire, oui, du durable, mieux!
Autre lacune: le mémorandum estime que la sélection même des ouvrières “est effectuée selon des critères discriminatoires, car elles sont choisies parmi celles dont l’âge varie entre 18 et 45 ans et qui sont soit veuves, divorcées ou
mariées et ayant des enfants de moins de 14 ans, en vue de s’assurer de leur retour dans leur pays d’origine à la fin de la période d’emploi”.

“Si nous avons élaboré ce mémorandum c’est pour attirer l’attention des secteurs publics, mais aussi de l’opinion publique sur ces problèmes”, précise la militante. Alerte lancée, l’instance nationale de coordination propose aussi dans son mémorandum des mesures pour y remédier. Pour elle, le traitement de ce dossier requiert “d’une part, l’application des procédures judiciaires pour rendre justice aux victimes et, d’autre part, de faire en sorte que les composantes de la société civile marocaine et espagnole soient au centre de la procédure de traitement global”. Les associations doivent, soutient le document, servir de mécanisme de sensibilisation et d’accompagnement dans les visites de terrain ainsi que dans l’évaluation.

Pour cela, il faudra bâtir un partenariat solide liant les parties concernées de près et de loin à la question, dont la société civile, les syndicats et les
associations qui devraient être impliqués, estime la même source, dans l’opération: l’annonce de recrutement, la sélection, l’accompagnement, le recrutement, le suivi et l’évaluation.

La sélection des ouvrières, elle, doit faire l’objet d’une “approche transparente et la placer sous le contrôle des autorités de tutelle afin d’éviter toute forme de clientélisme, de favoritisme et de corruption”. “Nous voulons faire barrage aux intermédiaires”, précise Latifa Bouchoua. L’instance nationale propose donc de mettre en place “des bureaux chargés d’informer en toute sincérité les candidates et candidats au travail saisonnier des conditions de candidature et respecter le droit d’information sur le suivi du dossier de candidature”.

Ces associations appellent à garantir les droits sociaux des migrants saisonniers et de leurs familles et de fournir aux ouvrières saisonnières une copie du contrat de travail “en veillant à le traduire en langue arabe et à leur en expliquer les dispositions”.

Sur leur mémorandum, les associations recommandent, par ailleurs, l’organisation de larges campagnes de sensibilisation. “C’est une opportunité qui offre une indépendance économique provisoire aux femmes et nous espérons qu’il y aura pérennité à travers des petits projets au profits de ces saisonnières”, souhaite Lafifa Bouchoua. C’est un accompagnement social que les associations recommandent au profit de ces femmes en proposant que celles-ci fassent l’objet d’“un projet d’insertion économique solidaire à leur retour au Maroc”.

Et pour accompagner ces femmes dans l’intégration du monde du travail, ces associations proposent que des assistants(es) sociaux(ales) de différents départements soient à la disposition des ouvrières.

“Notre prochaine étape sera d’interpeller les décideurs marocains et espagnols à travers nos associations sur place. Nous irons voir les responsables et les parlementaires pour soutenir notre plaidoyer”, confie la présidente de la FLDDF. Dans l’attente de la prochaine opération, les espoirs des quatre associations deviennent la force de leur union.

Par Leïla Hallaoui
https://www.huffpostmaghreb.com

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