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Les associations marocaines ne comptent pas baisser les bras, le Maroc et l’Espagne déploient une batterie de mesures pour les ouvrières saisonnières marocaines

“Ces mesures ne sont que superficielles”, regrettent pour leur part les ONG.
À partir du mois prochain, il y aura des changements. Le Maroc et l’Espagne viennent de sceller un engagement commun consistant à améliorer les conditions de travail des ouvrières marocaines dans les champs de fraises de Huelva. C’est le ministère du Travail et de l’Insertion professionnelle qui en fait l’annonce dans un communiqué, soulignant que cette opération aura désormais “un aspect culturel, humain et éducatif”.

En quoi consiste cet engagement? Les deux partenaires se donnent pour objectif d’assurer “la sécurité” des ouvrières et de veiller à “l’organisation” de l’opération pour en faire “un modèle”. Pour y arriver, des campagnes de sensibilisation et d’information via vidéos sont prévues pour apprendre aux concernées leurs droits et leurs devoirs, mais aussi leur expliquer les conditions de travail dans les champs de fraises.

Des mesures ont donc été prises à l’issue de réunions tenues, les 20 et 21 novembre, avec la partie espagnole dans le cadre d’une visite de travail effectuée par une délégation marocaine à Huelva. Entre autres mesures, les ouvrières seront dispensées de payer un loyer pour leur logement mais elles devraient tout de même s’acquitter des autres charges. Le communiqué, partagé par le ministre Mohamed Yatim sur sa page Facebook, précise que ces femmes devront payer la consommation “en eau, électricité et gaz à hauteur maximum de 1,9 euro par jour à l’instar de l’ensemble des ouvrières de différentes nationalités conformément à la convention collective”. Il précise aussi que le lieu de résidence doit être conforme aux normes en vigueur notamment en matière d’aération et de sanitaires.

Ces ouvrières pourront, par ailleurs, bénéficier en termes de droits d’une couverture médicale, mais aussi avoir à leur disposition des médiatrices parlant l’arabe, précise le département de Yatim, soulignant que les autorités andalouses se sont engagées à renforcer cette mesure. Et pour cause, ces médiatrices auront à jouer un rôle d’assistance auprès de ces ouvrières en faisant notamment appel à l’inspection du travail en cas de violations sur le lieu du travail.

Les employeurs, eux, sont appelés à respecter “le seuil minimum des jours de travail légal”, mais aussi à mettre à la disposition de chaque 25 employées un encadrant. D’anciennes ouvrières marocaines seront chargées, pour leur part, d’assister les nouvelles pour leur faciliter les procédures et les premiers contacts (le déplacement vers les banques, les marchés…) durant leur présence en Espagne.

Les ouvrières, de leur côté, sont mises en garde contre le non respect du principe de la migration circulaire sur la base de laquelle sont organisées ces opérations régulières de travail temporaire en Espagne. Sur cet aspect, d’anciennes ouvrières marocaines devront sensibiliser les nouvelles sur l’intérêt de travailler de façon régulière en leur expliquant qu’à la suite de quatre opérations, une carte de séjour leur sera octroyée automatiquement.

“Dans ces mesures, il y a un aspect positif”, déclare au HuffPost Maroc la présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF), Latifa Bouchoua. Cette dernière relève surtout l’importance pour les ouvrières marocaines de pouvoir disposer d’un intermédiaire et de faire appel à l’inspection du travail en cas de violation de leurs droits. “Mais ces mesures ne sont que superficielles, car les moyens de les concrétiser sont absents. Comment un inspecteur de travail peut-il intervenir concrètement auprès de ces ouvrières? Nous n’en savons rien”, constate la militante pour qui ces mesures bilatérales ne répondent pas aux attentes des femmes concernées.

“C’est une très bonne chose que de les dispenser de payer un loyer, mais dans les témoignages que nous avons souvent recueillis, elles nous ont précisé avoir du mal à s’acquitter des charges liées à l’eau et à l’électricité, des charges maintenues malheureusement”, regrette-t-elle, estimant que la partie marocaine “a mal négocié” pour ces ouvrières auprès du partenaire espagnol. “Les frais du visa ne changent pas alors que sa gratuité est une revendication prioritaire pour ces ouvrières, les contrats de travail n’ont pas été abordés non plus…”, constate-t-elle.

La FLDDF, l’Union de l’action féminine (UAF), l’association Jossour et l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes avaient lancé le 17 octobre dernier un plaidoyer. Unies dans le cadre d’une instance de coordination nationale des associations des droits des femmes, elle ont revendiqué un travail saisonnier plus respectueux de la dignité humaine et des droits des ouvrières par la mise en place de “mesures adéquates”. Une nouvelle action inscrite à un mémorandum commun dans lequel elles avaient mis l’accent sur, entre autres, le respect de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la Convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

“Pour le moment, la protection des ouvrières saisonnières n’est pas encore acquise. Nous voulons qu’elles le soient dans le cadre de la loi espagnole puisqu’elles travaillent en Espagne”, précise Latifa Bouchoua. Et de rappeler que les mesures présentées font aussi abstraction des contrats de travail que les ouvrières signent sans pouvoir en connaitre le contenu. “Dans leur majorité, ces ouvrières sont analphabètes. Elles signent des contrats écrits en langue espagnole alors qu’ils devraient être écrits en arabe”, fait-elle remarquer.

Des insuffisances, les mesures semblent en présenter plusieurs aux yeux de cette instance d’ONG. “Un procès est toujours en cours en Espagne suite à des accusations de faux témoignages d’ouvrières marocaines qui avaient porté plainte pour harcèlement sexuel, mais aucune des mesures n’y fait allusion”, souligne cette militante, regrettant que la société civile ne soit pas impliquée dans la partie marocaine contrairement à celle espagnole. Cette dernière implique, en effet, syndicats et associations, comme le précise d’ailleurs le communiqué.

Les associations marocaines ne comptent pas baisser les bras. “Suite à notre mémorandum que nous avions adressé au département du Travail et celui des Affaires étrangères mais aussi à notre ambassade en Espagne, nous n’avons pas eu de suite. Mais nous continuerons notre plaidoyer, cette fois-ci, auprès des parlementaires”, affirme Latifa Bouchoua. Et de préciser que le groupe CDT à la Chambre des conseillers a d’ores et déjà exprimé sa volonté de les soutenir. Une nouvelle manche commence.

Par Leïla Hallaoui
https://www.huffpostmaghreb.com

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